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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 22:32

Analyse d’œuvres autour du corps

Deux œuvres du XXème siècle :

« Clothes tree » de Georges Brecht,1960

« Ema-Akt auf einer Treppe » de Gérard Richter, 1966

Premier thème de la mémoire, du temps

Duchamp.jpg

 



 

 
   









C’est la mémoire d’un homme, d’une femme, celle d’un passage chez Georges Brecht. Il ne fait pas beau puisque l’on voit un parapluie et un imperméable, mais en même temps à côté en blanc une ombrelle est là. C’est donc la mémoire de plusieurs journées, de plusieurs personnes masculines, féminines. De plus c’est aussi une évocation de l’artiste Duchamp, « Clothes tree », donc Arbre de vêtements nous rappelle le premier ready made de Duchamp « Roue de bicyclette » de 1913.

Duchamp2.jpg














Le tabouret de Duchamp, l’élément porteur faisant office de socle est remplacé par le porte manteau , la roue de bicyclette est remplacée par les parapluies qui ouverts comportent aussi des rayons, sauf qu’ici l’association entre les éléments portés et l’élément porteur est plus naturelle que chez Duchamp. Mais si on y regarde de plus près on voit cependant aussi des associations surprenantes . Le beau temps côtoie le mauvais temps, l’imperméable féminin n’appartient pas à l’ombrelle féminine, ni à l’un des chapeaux ou casquettes masculines. On a trois chapeaux, mais un seul imperméable, où sont donc passés les autres manteaux ou imperméables ?


Femme-escalier.jpg

Chez Gérard Richter, c’est la mémoire d’une femme, celle de  Emma Akt, c’est aussi la mémoire de son passage, elle  est en mouvement, elle descend les marches de l’escalier.

 

Gérard Richter a d’abord pris une photographie pour ensuite réaliser cette peinture un peu floue mais réaliste. Il parle aussi de l’histoire de la photographie et du nu dans l’Art . On pense tout de suite aux photos de nus sur le mouvement de Muybridge, où il a photographié le mouvement de marche d’une femme nue sur un escalier. Sa peinture interpelle donc la photographie de même qu’elle interpelle Duchamp par son tableau au titre presque semblable :  Nu descendant un escalier »1912

 
Cependant Gérard Richter est plus près de la photo que de Duchamp, sa femme à lui a un nom, ce n’est pas un nu ressemblant à une machine.  Il met une distance entre cette femme et le spectateur par l’emploi de la peinture et par l’utilisation de contours flous. De plus elle a les yeux fermés, c’est donc une réelle photographie-peinture.



Nus-anciens.jpg











2ème thème : L’espace entre l’œuvre et le spectateur

 

Chez Georges Brecht

 

Il s’agit d’un objet qui fait office de sculpture comme les ready-made de Duchamp. Elle a donc la taille du spectateur, il est directement confronté à cet objet sans socle comme dans le quotidien. Il n’y a donc pas d’espace entre le spectateur et l’œuvre, celui ci peut l’appréhender dans sa totalité. Il se retrouve face aux mesures du réel :1M93x70x70. La surprise du spectateur vient de la confrontation entre les différents éléments :

 

 

 

 

 

Chez  Gérard Richter

 

Le spectateur est directement confronté à un nu, l’œuvre est donc proche de lui, mais en même temps elle ne se donne pas à lui puisque la peinture met une distance par rapport à la photographie. Cette femme quoique proche reste floue et de plus elle ne nous regarde pas, ses yeux étant fermés, elle reste dans son monde à elle, pas dans le notre, il n’y a donc pas d’échange possible de regard comme avec un portrait.

 

 

 

3ème thème : entre la présentation et la représentation

 

 

 

Chez Georges Brecht

 

 

 

La sculpture et l’objet ne font qu’un, comme chez les ready-made de Duchamp. L’idée de représentation se fait donc dans la tête du regardant qui est interpellé par le titre « Clothes tree », Arbre de vêtement. Le porte manteau se transforme alors en un arbre dont les feuilles ou les fruits sont des vêtements. L’œuvre devient donc un tout uni et poétique grâce à ce titre.

 

Chez Gérard Richter

 

 

 

Ici, il s’agit d’une représentation d’une représentation. En effet étant donné que la photographie est déjà une représentation du réel, la peinture d’après une photographie est donc une deuxième représentation. Il y a donc une réelle distanciation face au modèle réel, et c’est cela qui nous trouble. Nous sommes en face d’une vraie fausse photographie.

 

 

 

Conclusion :

 

 Ce cours d’analyse d’œuvre en classe de 3ème est à concevoir non comme un cours magistral mais comme un cours dynamique en lien avec la pratique. Ainsi pour la notion de « Présence-Absence », on peut commencer à demander aux élèves, ce qu’ils voient dans l’œuvre et qui est donc la « présence » et ce qu’est-ce qui est suggéré et qui peut être «  l’absence ».

 

On peut ensuite leur donner des œuvres ressemblantes et d’autres très différentes et leur demander quelles sont celles qu’ils pensent être les plus ressemblantes et pourquoi ? (dans les œuvres, il y aura donc un ready made et une photographie).L’élève se rendra alors compte que toute œuvre peut être la mémoire d’une autre œuvre, qu’il n’y a donc pas d’Art sans qu’il n’y ait une histoire de l’Art. L’œuvre est donc présence et absence d’une autre œuvre possible.

 

Ils faudra aussi insister sur la matérialité de l’œuvre, en quoi est-ce une sculpture, qu’est-ce qu’un ready-made, pourquoi l’œuvre de Richter est une peinture d’après photographie et ce que cela apporte. On réfléchira alors sur ce qu’est une représentation par rapport à une présentation. On verra alors que même à travers une présentation il peut y avoir une représentation ( mais cette fois ci mentale)

 

 

 
Ce cours d’analyse d’œuvre peut aussi intervenir après la pratique ; les élèves qui ont déjà réfléchi sur le sujet « Présence-Absence », ont maintenant deux propositions, qu’en pensent-ils, qu’est-ce que cela leur apporte par rapport à leur travail, qu’est ce qui diverge entre leur proposition et ces deux œuvres, pourquoi ?

 

 

 

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Published by Sophie Colmerauer - dans Analyse oeuvres
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Profil

  • Sophie Colmerauer
  • J'ai eu une expérience variée, restauration à l'Ecole de la Cambre à Bruxelles, licence d'Arts plastiques à Aix en Provence. Actuellement j'enseigne à Marseille.
  • J'ai eu une expérience variée, restauration à l'Ecole de la Cambre à Bruxelles, licence d'Arts plastiques à Aix en Provence. Actuellement j'enseigne à Marseille.

Ma peinture

Ma peinture s’inspire de la nature avec les couches successives des sédiments, grattés, recomposés. J’utilise l’acrylique, qui permet la superposition de couleurs comme en sérigraphie avec parfois l’utilisation de pochoirs. Des couleurs vives, du rouge, du vert, du bleu en sous couches puis du noir et du blanc par superposition, glacis, empreintes, ou grattage. Mes derniers tableaux sont souvent sous forme de diptyques ou triptyques, ce qui leur donne une certaine spatialité. Ils invitent ainsi le spectateur à observer la mémoire du temps qui passe.

Si vous voulez me contacter :
sophie.colmerauer@free.fr